Deux cornets d'électrolytes affichent « 25 % de sodium » sur leur étiquette. Le premier remplace ce que votre cheval a transpiré ; le second est surtout du sucre déguisé. Comprendre pourquoi deux produits d'apparence identique n'apportent pas la même chose oblige à ouvrir le capot des formulations : quels sels, dans quelles proportions, avec quel rôle pour le glucose, et ce que dit — noir sur blanc — la réglementation européenne. Un plongeon dans la composition, chiffres à l'appui.
Cet article suppose acquise la physiologie de base des électrolytes — ce que sont le sodium, le chlore et le potassium, pourquoi la sueur du cheval est hypertonique et comment il peut se déshydrater sans avoir soif. Tout cela est développé dans l'article théorique jumeau « Les électrolytes du cheval : ce qu'ils font vraiment, pourquoi ils fuient, et pourquoi en donner "au cas où" ne marche pas ». On se concentre ici sur un seul angle : la formulation des produits.
La cible d'une formule : la sueur, jamais le plasma
Voici l'idée qui commande toute la suite. Quand on formule un supplément d'électrolytes, on cherche à remplacer ce que la sueur a emporté — donc à copier la composition de la sueur, et surtout pas celle du sang. Or les deux liquides n'ont rien à voir. Dans le plasma d'un cheval, le rapport entre le sodium et le potassium est d'environ 35 pour 1 ; dans la sueur, il tombe à 3,5 pour 1 [1][4]. Autrement dit, la sueur est dix fois plus riche en potassium relatif que le sang.
La raison tient à la glande sudoripare du cheval, qui — contrairement à la nôtre — ne sait pas retenir le sodium et laisse aussi fuir beaucoup de potassium venu des cellules. Les chiffres cadrent le phénomène. La sueur prolongée d'un cheval contient de l'ordre de 132 à 167 mmol/l de sodium, 25 à 33 mmol/l de potassium et 160 à 181 mmol/l de chlore ; le plasma, lui, tourne autour de 140, 3,8 et 100 mmol/l (Tableau 13.3) [1]. À titre de comparaison, la sueur humaine ne titre qu'environ 50 mmol/l de sodium et 60 de chlore : nous suons dilué, le cheval sue concentré et salé.
Conséquence directe pour la formulation : une bonne poudre est d'abord du chlorure de sodium (le sel de table, NaCl), puis du chlorure de potassium (KCl) en quantité moindre, exactement l'ordre observé dans la sueur — le chlore d'abord, le sodium ensuite, le potassium en dernier. Un produit calé sur la composition du plasma, presque dépourvu de potassium, raterait sa cible. La sueur est le cahier des charges ; tout le reste en découle.
Ce que la sueur emporte vraiment, litre après litre
Pour saisir les enjeux d'une formule, il faut mesurer l'ampleur des pertes. Elles ne dépendent ni de la ration ni de la race, mais uniquement de la charge de travail et de la météo. Pour un cheval de 500 kg, les pertes chiffrées grimpent vite avec le volume transpiré (Tableau 13.2) [1] : à 5 litres de sueur, il perd déjà environ 27 g de sodium, 41 g de chlore, 34 g de potassium et 12 g de magnésium ; à 40 litres — un cross de complet ou une course d'endurance —, l'addition atteint 142 g de sodium, 254 g de chlore, 97 g de potassium et 24 g de magnésium.
Un cheval en effort léger perd 5 à 10 litres de sueur par heure ; à haute intensité, on atteint 15 l/h, et un cheval d'endurance à 17 km/h transpire 12,5 l/h. Le repère de terrain est limpide : 1 kg de poids perdu = 1 litre de sueur, mesurable en pesant le cheval avant et après l'effort.
Ce tableau des pertes explique deux choses. D'abord, le chlore domine systématiquement — c'est lui qu'on perd le plus, et sa fuite provoque une alcalose métabolique (le sang devient trop alcalin) : voilà pourquoi le bicarbonate, qui aggraverait cette alcalose, est contre-indiqué dans les mélanges d'endurance. Ensuite, le magnésium, le calcium et le phosphore ne partent qu'en quantités marginales : une formule n'a pas à en contenir beaucoup. Le cœur d'un supplément, ce sont le chlore et le sodium.

L'anatomie d'une formule : ce que le règlement européen impose
La formulation des électrolytes n'est pas laissée à la seule fantaisie des marques : elle est encadrée. Le droit européen définit une catégorie d'aliments à « objectif nutritionnel particulier » (les PARNUTs) dédiée à la « compensation des pertes d'électrolytes en cas de forte sudation ». Son cahier des charges est explicite [1] : l'aliment doit contenir du chlorure de sodium et devrait contenir du chlorure de potassium ; les teneurs en magnésium, calcium et phosphore doivent rester faibles, et l'ajout d'autres sels d'électrolytes est facultatif. Les éléments à déclarer sur l'étiquette sont, dans l'ordre : sodium, chlorures, potassium, calcium, magnésium, phosphore.
On retrouve mot pour mot la hiérarchie dictée par la sueur. Le règlement fixe même la durée d'emploi : d'un à trois jours après une forte sudation — confirmation réglementaire qu'on ne « précharge » pas un cheval, on corrige un déficit récent. Cette pyramide — NaCl obligatoire à la base, KCl recommandé au-dessus, sels mineurs facultatifs au sommet — est le squelette de toute formule sérieuse. Un produit qui inverserait ces priorités ne remplirait pas son objet.

Le glucose : utile à petite dose, remplissage en excès
C'est le point le plus mal compris des étiquettes. Beaucoup de poudres affichent le dextrose (une forme de glucose) parmi leurs premiers ingrédients. Est-ce un défaut ? La réponse est nuancée, et c'est justement ce qui la rend intéressante.
D'un côté, un peu de glucose a une vraie utilité physiologique : le sodium est absorbé par la paroi intestinale via un transporteur (le SGLT-1) qui embarque simultanément du glucose et de l'eau [1][4]. Une pincée de sucre facilite donc l'absorption du sodium et améliore la palatabilité des poudres très concentrées en sels. De l'autre côté, l'effet est bien moins marqué chez le cheval que chez l'humain. Les études équines montrent qu'ajouter du glucose à une solution de réhydratation ne stimule pas l'absorption du sodium comme il le fait chez l'homme [1][4] — pire, pour garder la solution isotonique, plus on met de sucre, moins on peut mettre de sels, et la solution devient moins efficace.
La règle de lecture est donc simple : un peu de glucose est un plus, mais un produit dont le dextrose est l'ingrédient principal n'est pas un supplément d'électrolytes — c'est un édulcorant. Si les sels ne dominent pas la composition, la poudre ne remplace pas ce que la sueur a emporté, aussi agréable soit son goût. D'où l'importance de croiser deux informations que les fabricants fournissent sur demande : le pourcentage d'inclusion des électrolytes et le taux de rationnement (la dose journalière). Deux produits affichant « le même taux » peuvent délivrer des quantités très différentes selon la dose conseillée ; c'est le produit des deux qui compte, jamais le seul pourcentage.
Poudre, solution, pâte : trois formats, trois comportements dans l'organisme
Une même formule chimique se présente sous trois habits, et le format change tout à l'absorption.
Les poudres se mélangent à la ration. Leur composition peut se complexifier à mesure que le travail augmente, mais elles imposent que le cheval boive ensuite : une poudre concentrée avalée dans un aliment reste un apport de sels qui devra être dilué par de l'eau.
Les solutions dissolvent la formule dans l'eau de boisson. C'est ici que la notion d'isotonicité (même concentration en particules dissoutes que le plasma) devient centrale. Une solution isotonique, ou même hypotonique (moins concentrée), est absorbée nettement plus vite qu'une solution hypertonique, et le cheval l'élimine plus lentement dans ses urines [4]. Mieux : une solution isotonique dont la composition imite celle de la sueur rétablit le volume plasmatique plus vite, augmente la prise volontaire de boisson et réduit la production d'urine [4]. Le revers, c'est que ces solutions sont peu appétentes : il faut habituer le cheval à l'avance, en partant d'une dilution très faible que l'on augmente progressivement.
Les pâtes sont hypertoniques par construction — très concentrées. Elles rendent service quand un cheval refuse de boire une eau électrolytée, mais leur mécanisme est piégeux : une préparation hypertonique attire l'eau vers l'intérieur de l'intestin jusqu'à se diluer et devenir isotonique, condition indispensable pour être absorbée. Elle déshydrate donc davantage le cheval avant de (on l'espère) déclencher sa soif — d'où l'obligation absolue d'une eau disponible en même temps. Il existe en outre un délai d'absorption, le temps que la pâte s'isotonise. Et une pâte concentrée qui entre en contact avec un ulcère gastrique provoque une douleur « comme du sel sur une plaie », avec parfois des signes de colique : chez un cheval possiblement ulcéreux, la prudence s'impose.
DCAD : l'équilibre acido-basique caché derrière les électrolytes
Un dernier concept éclaire les formulations les plus fines : la différence en ions forts de la ration, ou DCAD (Dietary Cation-Anion Difference). Il s'agit de l'écart entre les principaux cations (sodium, potassium) et les principaux anions (chlore, phosphore, soufre) de l'alimentation, et cet écart influence directement le pH de l'organisme [2]. Un DCAD élevé et positif tend à alcaliniser le milieu intérieur ; un DCAD bas ou négatif tend à l'acidifier.
En pratique, une ration riche en fourrage — donc riche en potassium — a un DCAD élevé, tandis qu'une ration pauvre en fourrage et riche en céréales a un DCAD plus bas. Un DCAD bas abaisse le pH systémique et augmente l'excrétion urinaire de calcium chez le cheval, mais pas dans toutes les études — et très peu de recherches ont porté sur le sujet chez le cheval durant la dernière décennie [2]. Le chlore semble avoir un effet plus marqué que le soufre sur l'équilibre acido-basique. La leçon à en tirer est modeste mais réelle : les proportions de sels d'une formule ne jouent pas seulement sur le remplacement des pertes, mais aussi, en toile de fond, sur l'équilibre acide-base — un paramètre encore mal exploré, à manier avec humilité.
Le sel, la formule minimale — et ses limites
Faut-il toujours un produit sophistiqué ? Non. Le supplément le plus basique reste le sel commun (NaCl), à raison d'environ 50 g par jour pour un cheval qui travaille [1]. Le besoin d'entretien est de 25-30 g de sel par jour, couvert par les rations communes, et le complément nécessaire lors d'un travail intense sous climat chaud de 30-70 g de sel supplémentaire — les pertes salines pouvant alors approcher 100 g par jour, dont 50 à 60 g par la seule sueur (à ~4,5 g de sel par litre) et 35 à 40 g par les urines [3].
Pourquoi le sel est-il si central ? Parce que la plupart des aliments industriels en sont pauvres : le sodium attire l'eau et favorise l'altération des aliments au stockage, si bien que les fabricants en limitent volontairement la teneur [1]. Les fourrages, eux, sont naturellement riches en potassium (un cheval qui mange assez de foin ingère toujours du potassium en excès) mais très pauvres en sodium. Le sel comble donc précisément le trou laissé par la ration.
Pour un mélange « maison » plus complet, une formule documentée reproduit les proportions de la sueur : 10 g de NaCl, 4 g de KCl, 0,5 g de carbonate de calcium et 0,25 g de chlorure de magnésium par litre de sueur — soit environ 9 g d'électrolytes perdus par litre, donc 90 g à ajouter pour 10 litres transpirés [1]. Mais attention à la limite du sel seul : une pierre à sel ne suffit pas pour un cheval au travail dur, car il ne léchera jamais la quantité nécessaire. Elle reste un filet de sécurité pour l'entretien, grâce à l'appétit spécifique du cheval pour le sel, pas un plan de compensation d'effort.
Reste une nuance de méthode, essentielle chez un public averti : la plupart de ces chiffres reposent sur des estimations de terrain et des effectifs modestes, et certaines recommandations pour le travail lourd sont probablement surévaluées [1]. Ce qui est solide, en revanche, ce sont les proportions ioniques de la sueur : elles convergent d'une source à l'autre. C'est sur elles — et non sur une dose universelle — qu'il faut raisonner une formule.
À retenir
- Une bonne formule imite la sueur, pas le plasma : d'abord du chlorure de sodium, puis du chlorure de potassium (rapport Na:K de 3,5:1 dans la sueur, contre 35:1 dans le sang).
- Le chlore est l'électrolyte le plus perdu (jusqu'à 254 g/j à 40 l de sueur) : sa fuite cause une alcalose, d'où l'interdit du bicarbonate en endurance.
- Le cadre réglementaire européen l'impose : NaCl obligatoire, KCl recommandé, magnésium/calcium/phosphore à faibles doses et facultatifs.
- Un peu de glucose aide l'absorption du sodium et la palatabilité ; du dextrose comme ingrédient principal est du remplissage, pas un électrolyte.
- Poudre, solution isotonique, pâte hypertonique : trois formats aux comportements différents ; la solution isotonique est la mieux retenue, la pâte la plus risquée (ulcères, déshydratation transitoire).
Sources
- Evidence-based Equine Nutrition : A Practical Approach for Professionals, T. Hollands & L. Drury (dir.), 2023.
- Equine Clinical Nutrition, 2ᵉ éd., R. J. Geor, P. A. Harris & M. Coenen (dir.), 2023.
- Alimentation du cheval, R. Wolter, 2004.
- Rose et coll. (1980), Sosa Leon et coll. (1995), Jansson et coll. (1995), Dyer et coll. (2009) — cités dans Evidence-based Equine Nutrition (2023).

