Derrière le lait de coco et l'huile qui garnit nos placards se cache un sous-produit discret mais précieux pour le cheval : le tourteau de coprah, ce qui reste de la pulpe de noix de coco une fois l'huile extraite. Riche en fibres digestibles et en matières grasses résiduelles, presque dépourvu d'amidon, il incarne une idée qui séduit de plus en plus les nutritionnistes : nourrir l'énergie sans allumer le « feu » de la glycémie. Mais entre la promesse et la réalité, il y a un profil en acides gras singulier, une lysine famélique et un talon d'Achille de conservation. Décryptage d'un aliment que les données équines n'ont, il faut le dire d'emblée, que très partiellement exploré.

Du cocotier à la mangeoire : qu'est-ce que le coprah ?

Le coprah, c'est l'amande séchée de la noix de coco (Cocos nucifera). On la presse ou on la traite au solvant pour en tirer l'huile de coco — aussi appelée huile de coprah — largement utilisée en alimentation humaine et en cosmétique. Ce qui subsiste après extraction est un tourteau (ou une pulpe déshuilée) : un résidu fibreux, moyennement protéiné, que l'industrie de l'alimentation animale valorise depuis longtemps.

Le coprah appartient à la même grande famille que les autres tourteaux d'oléagineux : soja, tournesol, lin, arachide, colza. Comme eux, il naît d'une graine dont on a retiré l'huile ; comme eux, sa composition dépend beaucoup du procédé d'extraction. Un tourteau obtenu au solvant est presque totalement déshuilé (matières grasses de l'ordre de 5 % de la matière sèche), tandis qu'un tourteau de pression, ou « expeller », conserve davantage de gras résiduel — jusqu'à environ 10 %. Cette différence, on le verra, change beaucoup de choses.

Chez le cheval, le coprah n'est ni une céréale ni un fourrage : c'est un ingrédient de complément, un « support » que les fabricants incorporent à des aliments composés. Les tourteaux de coprah et de palmiste servent ainsi volontiers de support à la mélasse — leur texture fibreuse absorbe le sirop — mais leur intérêt reste plus limité en raison de leur faible teneur azotée et de leur médiocre appétibilité [3]. Une phrase qui résume à elle seule les deux visages de cet aliment.

Une énergie « froide » : la mécanique des fibres et du gras

Pour comprendre l'attrait du coprah, il faut d'abord distinguer deux façons, pour un aliment, de fournir des calories.

La voie « chaude », c'est celle des céréales : leur amidon est digéré dans l'intestin grêle, libère du glucose, et ce glucose provoque une montée de la glycémie puis un pic d'insuline. Chez un cheval sensible — sujet aux fourbures, à l'insulino-résistance, aux ulcères ou aux troubles du comportement — cette vague de sucre est justement le problème que l'on cherche à éviter. Et lorsque l'amidon dépasse la capacité d'absorption de l'intestin grêle, il file dans le gros intestin où il fermente brutalement : c'est l'origine des redoutés « dysmicrobismes cæcocoliques », ces déséquilibres de la flore d'où dérivent coliques et acidoses [3].

La voie « froide », c'est tout l'inverse. L'énergie provient de fibres digestibles fermentées lentement dans le cæcum et le côlon, produisant des acides gras volatils (AGV : acétate, propionate, butyrate) que le cheval utilise comme carburant. Pas de pic de glucose, pas de surcharge amylacée. C'est le principe même de l'alimentation par les fibres, et c'est là que le coprah brille : sa teneur en amidon est inférieure à 1 % de la matière sèche. Autrement dit, quasi nulle.

Le contraste avec les céréales est saisissant. Là où l'avoine titre environ 41 % d'amidon, l'orge 54 % et le maïs 69 %, le tourteau de coprah plafonne sous la barre du pour cent. Et pourtant, son énergie digestible reste élevée : environ 3,3 Mcal par kilo de matière sèche, soit à peu près celle de l'avoine (3,2 Mcal/kg). Le tour de force est là : une densité énergétique comparable à celle d'une céréale, mais sans son amidon. L'énergie sans le feu.

Comparaison de la teneur en amidon (% de la matière sèche) entre le tourteau de coprah et trois céréales : le coprah plafonne sous 1 %, contre 41 à 69 % pour l'avoine, l'orge et le maïs. Source : Equine Clinical Nutrition, 2ᵉ éd., Tables 13.1 et 13.3.

D'où vient alors cette énergie, si ce n'est de l'amidon ? De deux réservoirs. D'abord les fibres : le coprah est riche en fibres digestibles (fibre brute autour de 15 %, NDF proche de 55 %), le carburant idéal de la fermentation fibrolytique. Ensuite le gras résiduel — 5 à 10 % de matières grasses selon l'extraction — car le lipide est, à masse égale, la source d'énergie la plus concentrée qui soit. C'est ce mariage fibres + gras, sans amidon, qui fait du coprah un aliment « froid » énergétiquement dense.

Le principe est d'ailleurs explicitement recommandé par la nutrition clinique moderne. Chez un cheval atteint d'ulcères gastriques, ne donnez de l'amidon céréalier que lorsque c'est nécessaire et fournissez les calories de préférence par des sources de fibres — parmi lesquelles figure nommément, aux côtés de la pulpe de betterave et de l'huile, le « coconut meal », c'est-à-dire le tourteau de coprah [1].

Schéma comparant deux voies d'apport énergétique : la voie « froide » du coprah (fibres digestibles fermentées en AGV, gras résiduel métabolisé par le foie) et la voie « chaude » des céréales (amidon → glucose → pic d'insuline, risque de surcharge fermentaire). Source : synthèse d'après R. Wolter, « Alimentation du cheval » et Frape, « Equine Nutrition and Feeding ».

Un gras à part : les acides gras à chaîne moyenne

Le gras du coprah n'est pas un gras comme les autres, et c'est peut-être son trait le plus intéressant.

La plupart des huiles végétales utilisées chez le cheval — maïs, tournesol, carthame — sont dominées par l'acide linoléique, un acide gras polyinsaturé oméga-6 : l'huile de maïs en contient environ 55 %, celle de carthame jusqu'à 73 %. L'huile de coco, elle, fait exception : elle n'en renferme que 1 à 2 %, au même niveau que les huiles de palme et d'olive. C'est un gras très peu insaturé, très majoritairement saturé.

Cette pauvreté en oméga-6 s'accompagne d'une particularité de structure : l'huile de coco est naturellement riche en acides gras saturés à chaîne moyenne (les triglycérides à chaîne moyenne, ou TCM, dont l'acide laurique à douze carbones est le chef de file). Or ces acides gras à chaîne moyenne se comportent différemment des graisses ordinaires dans l'organisme. Les triglycérides à chaîne moyenne (chaînes de 6 à 12 carbones) sont absorbés tels quels et rapidement par le cheval, puis transportés par la veine porte jusqu'au foie, où ils sont convertis en corps cétoniques — une source d'énergie rapidement mobilisable, sans passer par la lente machinerie des chylomicrons dont dépendent les graisses à longue chaîne [4].

C'est un mécanisme séduisant : une graisse absorbée vite, dirigée droit vers le foie, transformée en carburant. Mais soyons honnêtes sur l'état des connaissances. Le profil très saturé de l'huile de coco est bien décrit, de même que le métabolisme des acides gras à chaîne moyenne chez le cheval [4] — mais aucune étude n'a réuni les deux en testant spécifiquement le coprah ou son huile chez le cheval à l'effort. Le raisonnement est cohérent ; la démonstration équine directe, elle, manque. C'est une piste plausible, pas un fait établi, et il faut le dire clairement.

Le revers de la médaille : lysine, appétence, conservation

Un aliment ne se juge pas à ses seules qualités. Le coprah a trois défauts qu'il serait malhonnête de passer sous silence.

Une protéine de piètre qualité. Avec 22 à 23 % de protéines brutes, le tourteau de coprah paraît correctement pourvu. Mais le chiffre trompe : sa teneur en lysine, l'acide aminé le plus souvent limitant chez le cheval, n'atteint que 0,6 % de la matière sèche. C'est peu — le tourteau de soja est ici nettement mieux pourvu et plus intéressant [3]. Une protéine dont manque l'acide aminé clé ne peut pas être pleinement utilisée : le coprah n'est donc pas une source protéique de premier choix, et sa faible teneur azotée est l'une des raisons pour lesquelles son intérêt reste limité [3]. Pour couvrir les besoins en lysine — d'un poulain en croissance, par exemple — il faudra le compléter par une meilleure source.

Une appétence médiocre. Le coprah ne fait pas saliver les chevaux. Son appétibilité est médiocre [3]. Du côté de l'huile, le constat est le même : parmi les huiles végétales, l'huile de coco (ou huile de coprah) figure justement comme l'exception que la plupart des chevaux acceptent mal, là où les autres passent sans difficulté. En pratique, cela impose de l'introduire progressivement et de surveiller la consommation, surtout chez un cheval difficile.

Un risque de rancissement et de contamination. C'est le talon d'Achille de tous les produits gras. Les matières grasses résiduelles du coprah — d'autant plus abondantes dans un tourteau de pression — s'oxydent avec le temps, la chaleur et l'humidité : elles rancissent, ce qui dégrade le goût (aggravant l'appétence déjà faible) et la valeur nutritive. À cela s'ajoute, pour un sous-produit d'oléagineux tropical souvent stocké en climat chaud et humide, le risque de développement de moisissures et de mycotoxines. Ce danger est précisément documenté pour le tourteau d'arachide, qu'il faut généralement écarter à cause de l'aflatoxine, très hépatotoxique, à moins d'une détoxication totale [3] ; le principe d'un tourteau d'oléagineux exposé à la contamination fongique vaut, par analogie, pour le coprah, même si ce risque n'est pas chiffré spécifiquement pour lui. La prudence commande donc une matière première fraîche, bien conservée et de qualité contrôlée.

En pratique : pour qui, et à quelle place ?

Retenons l'essentiel pour la mangeoire. Le tourteau de coprah trouve sa place comme complément énergétique « froid », à réserver au cheval que l'on veut nourrir en calories sans amidon : sujet à l'insulino-résistance, aux fourbures, aux ulcères, ou au tempérament trop vif sur les céréales. Sa densité énergétique proche de l'avoine, mais sans l'amidon, est son argument majeur.

Il n'est en revanche ni une source de protéines de qualité (lysine trop basse — un tourteau de soja fait mieux), ni un aliment appétent (à introduire lentement), ni un produit à stocker longtemps (rancissement, moisissures). Pensez-le donc comme un ingrédient parmi d'autres, incorporé à une ration équilibrée par ailleurs, et non comme un aliment unique. Enfin, gardez en tête que les bénéfices spécifiques attribués à son gras à chaîne moyenne relèvent, chez le cheval, de l'hypothèse raisonnable plus que de la preuve.

Carte d'identité nutritionnelle du tourteau de coprah (valeurs sur matière sèche) : énergie digestible 3,3 Mcal/kg, amidon inférieur à 1 %, matières grasses 5 à 10 %, lysine 0,6 %. Source : Equine Clinical Nutrition, 2ᵉ éd., Tables 13.1 et 13.3 ; Lewis, Equine Clinical Nutrition Fed and Care.

À retenir

  • Le tourteau de coprah est un résidu de la noix de coco, riche en fibres digestibles et en gras (5–10 %), mais quasi dépourvu d'amidon (< 1 %) : une énergie « froide » aussi dense que l'avoine sans le pic de glycémie.
  • Son gras est très saturé et pauvre en oméga-6 ; il apporte des acides gras à chaîne moyenne, absorbés vite et dirigés vers le foie — un atout plausible mais non démontré chez le cheval.
  • Ses limites sont réelles : lysine faible (0,6 %) donc protéine de piètre qualité, appétence médiocre, et risque de rancissement ou de contamination (moisissures) qui impose une matière première fraîche et bien conservée.
  • Utilisez-le comme complément énergétique pour le cheval sensible à l'amidon, jamais comme unique source de protéines ni comme aliment de base.

Sources

  1. Equine Clinical Nutrition, 2ᵉ éd., R. J. Geor, P. A. Harris & M. Coenen (dir.), 2023.
  2. Feeding and Care of the Horse, L. D. Lewis, 2ᵉ éd., 1996.
  3. Alimentation du cheval, R. Wolter, 2004.
  4. Equine Nutrition and Feeding, D. Frape, 4ᵉ éd., 2010.